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Le diagnostic étiologique
dune surdité neurosensorielle de lenfant reposait, jusquà ces derniers
mois, sur la confrontation de données cliniques, radiologiques et audiométriques,
éventuellement complétées par lenquête familiale issue du conseil génétique.
Depuis la mise en évidence
dune mutation préférentielle (30delG) dans le gène de la connexine 26 (CX26 ou
GJB2) chez un grand nombre de sujets atteints de surdités congénitales isolées, le
diagnostic moléculaire dune majorité de ces affections est envisageable.
La contribution de ce nouvel
outil au diagnostic des surdités est de plusieurs ordres :
-pronostique au premier chef,
puisque les mutations de CX26 caractérisent des surdités essentiellement non
progressives,
-génétique, la détection
dune mutation de CX26 permettant dévaluer le risque de récurrence à 25 %
pour une famille à partir dun cas sporadique identifié, par opposition au risque
empiriquement estimé à 10 % dans les surdités isolées,
-éthique enfin,
puisquun diagnostic prénatal est désormais possible. Le Comité National
dEthique sollicité en 1998 a déconseillé la pratique dun diagnostic
prénatal pour surdité isolée.
----------------------------------------------------------------------------------- La surdité affecte un enfant sur mille à la naissance, 5% de la population âgée de moins de 45 ans et 30% des sujets de plus de 70 ans. Chez l'adulte, la presbyacousie est la cause la plus fréquente avec sans nul doute une prédisposition héréditaire. 2/3des cas de surdités profondes de l'enfance sont associées à une cause génétique. Elles peuvent faire partie d'un syndrome (30% des cas) ou se manifester isolément (70% des cas). De récents progrès ont été accomplis dans la connaissance des surdités d'origine génétique, grâce à l'identification d'un nombre croissant de gènes impliqués et à la mise au point d'outils performants de diagnostic moléculaire. Etiologie des surdites neurosensorielles
de lenfant
Les surdites de cause
extrinseque
Dans la population occidentale, environ un tiers des surdités de l'enfant sont dues à des facteurs environnementaux (surdités acquises pré-, péri-, ou post-natales). - Les causes prénatales représentent en moyenne 11 % de l'ensemble des surdités de l'enfant. La rubéole congénitale était le plus souvent en cause avant l'instauration de la vaccination. Actuellement, il s'agit d'autres infections prénatales, dont principalement le cytomégalovirus, ou de l'exposition à des médicaments ototoxiques pendant la grossesse. - Les surdités de cause périnatale représentent environ 14 % des surdités de l'enfant. Elles sont dues à la combinaison de plusieurs facteurs : essentiellement prématurité, anoxie, hyperbilirubinémie. - Enfin, environ 11 % des surdités sont post-natales, c'est à dire acquises après la naissance et durant l'enfance. Elles sont dues en majorité à des méningites bactériennes (à Haemophilus influenzae et Streptococcus pneumoniae essentiellement) et à l'administration de médicaments ototoxiques (streptomycine, gentamycine, furosémide à forte concentration). On retrouve également d'autres causes rares comme les fractures du rocher, les traumatismes sonores ou pressionnels, les labyrinthites infectieuses, les otites chroniques et les exceptionnelles causes tumorales. Les surdites genetiques30 à 45 % des surdités de l'enfant évoquent demblée une origine génétique (surdité familiale et/ou intégration de la surdité dans un syndrome génétique connu).
Dans la majorité des études épidémiologiques, une proportion d'environ un tiers des surdités de l'enfant n'a pas d'étiologie connue. D'après une récente étude de prévalence des mutations du gène CX26, on estime maintenant que la majorité des cas sporadiques de surdité congénitale sont des formes génétiques, autosomiques récessives, de surdité. Ces données nouvelles élèvent à 2/3 la part des surdités congénitales rattachables à une origine génétique. Genetique et
surdite
Les surdités génétiques sont des maladies monogéniques, c'est à dire liées à l'atteinte d'un seul gène. Cependant, l'hétérogénéité génétique est importante : des surdités cliniquement identiques, syndromiques ou non, peuvent être dues à l'atteinte de gènes différents. Les modes de transmission de ces surdités génétiques sont variables :
Principales surdites genetiques
La surdite dfnb1
On a découvert en 1997 quune forme de surdité congénitale, DFNB1, est une des maladies génétiques humaines les plus fréquentes. Elle rend compte de 56 % des surdités autosomiques récessives congénitales en France, 49 % en Espagne et Italie, 34% aux Etats Unis. Les études de prévalence de la mutation majoritaire (30delG) du gène CX26 dans la population générale montre une forte prévalence des porteurs hétérozygotes (normo-entendants) de 30delG en Espagne (4 %), une prévalence de 2,3% en Italie et de 2 % aux Etats Unis. DFNB1 est une surdité de perception isolée avec atteinte des deux oreilles et qui survient toujours avant l'âge de l'acquisition du langage. Le déficit auditif peut être léger, moyen, sévère ou profond. Il existe une variabilité de la sévérité de l'atteinte auditive inter et intrafamiliale. La surdité est peu ou pas évolutive au moins durant lenfance. Elle touche préférentiellement les fréquences les plus aiguës ou affecte toutes les fréquences avec la même sévérité. Il n'a pas été retrouvé d'anomalie à la scannographie du rocher et les épreuves vestibulaires caloriques semblent normales. La connexine 26 est une protéine impliquée dans les jonctions intercellulaires, notamment dans la cochlée, et joue un rôle dans le recyclage de certaines molécules essentielles au fonctionnement des cellules neurosensorielles. Surdites syndromiquesPlusieurs centaines de surdités syndromiques ont été décrites. La transmission familiale peut répondre à tous les modes. Le développement et le fonctionnement de l'oreille dépendent de centaines de gènes. L'altération d'un seul gène peut être responsable de l'atteinte de toutes les structures auditives et d'autres organes. Durant les dix dernières années, les gènes responsables de nombreuses surdités syndromiques ont été localisés sur les chromosomes humains et plus de cent ont été identifiés. Le tableau clinique et les données moléculaires concernant les principaux syndromes sont rassemblés dans le tableau I. Les examens cliniques et paracliniques nécessaires au diagnostic sont résumés dans larbre décisionnel page 6. Tableau I : Surdités syndromiques les plus fréquentes : principaux éléments cliniques du syndrome, gènes localisés, gènes clonés et fonction de la protéine
MT : Mode de Transmission, AD : Autosomique Dominant, AR : Autosomique Recessif, XD : Dominant lié à l'X, OE : Oreille externe, OM : Oreille Moyenne, OI : Oreille Interne
Surdites et adn mitochondrial Les surdités mitochondriales peuvent être isolées ou syndromiques. Surdites mitochondriales isolees Certaines sont liées à des anomalies moléculaires de l'ADN mitochondrial.
Surdites mitochondriales syndromiques C'est l'association diabète/surdité, majoritairement rattachée à la mutation A3243G, qui domine la pathologie des surdités syndromiques mitochondriales, avec :
Tableau II : Principales surdités syndromiques mitochondriales
Diagnostic
Jusqu'à ces dernières années, aucun diagnostic moléculaire de routine n'était possible devant une surdité de l'enfant, et le diagnostic de surdité génétique était fondé soit sur la mise en évidence d'autres cas familiaux de surdité, soit sur l'existence d'un syndrome connu intégrant la surdité. Malgré l'apparition de nouveaux outils moléculaires, il est toujours important de rechercher les surdités syndromiques les plus fréquentes et de préciser le mode de transmission de la surdité. Le bilan doit être tout d'abord clinique, fondé sur un interrogatoire dirigé et un examen ORL, pédiatrique et ophtalmologique. Certains examens complémentaires systématiques semblent nécessaires à un diagnostic étiologique précis de surdité d'origine génétique : examens audiométriques familiaux, tomodensitométrie des rochers, électrocardiogramme (ECG) et recherche d'hématurie-protéinurie. Les examens audiométriques familiaux (parents-fratrie) sont un des éléments importants du diagnostic étiologique. Ils permettent fréquemment de détecter des hypoacousies légères ou moyennes non signalées par la famille, de faire le diagnostic de surdité héréditaire et de préciser le mode de transmission de la surdité dans la famille. L'intérêt de l'examen ophtalmologique avec fond d'il systématique chez les sujets sourds est majeur. Plus de cinquante syndromes associent surdité et pathologie visuelle. Parmi les enfants atteints de surdités sévères et profondes, on retrouve près de 50 % d'anomalies ophtalmologiques. De plus, le fond d'il est le seul moyen de mettre en évidence la rétinite pigmentaire du syndrome de Usher avant l'apparition de la déficience visuelle chez le grand enfant ou l'adulte jeune. L'examen ophtalmologique peut également retrouver des signes évocateurs de certaines causes extrinsèques (toxoplasmose notamment, rubéole, cytomégalovirus). La recherche d'hématurie et ECG sont des examens simples qui peuvent permettre une prise en charge précoce de deux syndromes : syndrome d'Alport et le syndrome de Jervell et Lange-Nielsen, engageant le pronostic vital. La tomodensitométrie des rochers a pour but de rechercher une malformation de l'oreille interne. L'existence d'une malformation permet d'affirmer le caractère congénital de l'atteinte dans les formes d'apparition secondaire, comme la surdité mixte avec geyser-labyrinthe (gusher syndrome). Enfin, les malformations majeures de l'oreille interne justifient une vaccination anti-Streptococcus pneumoniae et anti-Haemophilus influenzae pour prévenir le risque de méningite. Au terme du bilan, l'orientation étiologique permet de distinguer les surdités de cause extrinsèque, les surdités s'intégrant dans un syndrome, les surdités génétiques non syndromiques et les cas sporadiques sans cause reconnue. Dans ces deux dernières situations, le diagnostic moléculaire de mutations dans le gène CX26 peut être proposé lorsque la surdité est congénitale et le mode de transmission (autosomique récessive) compatible, c'est à dire que les deux parents sont normo-entendants. Biologie Le gène de la connexine 26 est un gène de petite taille, composé de deux exons. Le premier code pour une séquence 5' non codante, le second exon contient toute la séquence codante. La technique utilisée pour étudier ce gène est une technique de séquençage direct automatique. Chaque base est représentée par un signal de couleur différente (A adénine vert,T thymine rouge, C cytosine, bleu ,G guanine noir). Comme lillustre le diagramme de séquence ci-dessous. La détermination complète de la séquence du gène est une technique lourde rendue nécessaire par la multiplicité des mutations déjà identifiées. Il existe une mutation majoritaire émergeant des différentes études déjà effectuées [délétion en position 30 d'une guanine (30delG)]. A l'état homozygote cette mutation est liée au phénotype "surdité". Depuis la reconnaissance de cette délétion, d'autres anomalies ont été mises en évidence au niveau des exons 1 et 2. Ces nouvelles mutations que l'on peut qualifier de "privées" car mises en évidence pour une seule famille sont très difficiles d'interprétation. Il peut s'agir de mutations pathogènes comme de polymorphismes (mutations ne modifiant pas la fonction de la protéine). La pathogénicité de nouvelles mutations peut être suspectée sur un phénotype très évocateur, sur la mise en évidence de cette même mutation chez un autre sujet sourd de la même famille ou d'une autre famille ou et par la réalisation de modèles in vitro. Comme pour toute maladie génétique l'étude du cas index est toujours accompagné de l'étude des parents, particulièrement justifié dans ce contexte de nouvelles mutations. Conseil génétiqueUn conseil génétique doit être proposé, à distance de lannonce du diagnostic de surdité, à tout parent ayant un enfant sourd et tout adulte sourd. Il permet dans un grand nombre de cas daffirmer lorigine génétique de la surdité, détablir son mode de transmission et le risque de récurrence lors dune prochaine grossesse, dévaluer le pronostic évolutif du déficit auditif et de rechercher des anomalies cliniques associées. Le généticien doit tout dabord rechercher une étiologie extrinsèque (néonatale, infectieuse...) chez tous les membres atteints de la famille. Puis, un bilan à la recherche dune pathologie associée évoquant une surdité syndromique doit être pratiqué. Au terme de ce bilan, si le phénotype évoque latteinte spécifique dun gène connu et accessible à lanalyse biologique, un diagnostic moléculaire est alors proposé en particulier létude du gène CX26 dans les surdités non-syndromiques congénitales. Le conseil génétique en matière de surdité doit tenir compte des différences linguistiques et culturelles de la population à laquelle il sadresse. Sagissant souvent de personnes sourdes, le généticien doit posséder des moyens de communication adaptés ou avoir recours à un interprète. La pratique dun diagnostic moléculaire rend techniquement possible un diagnostic anténatal dans des familles où lun des enfants est porteur dune surdité et pour lequel une anomalie génétique a été dûment identifiée. Actuellement, aucun diagnostic anténatal de surdité isolée na été effectué en France. Le diagnostic prénatal pour une surdité isolée, qui ne peut actuellement déboucher que sur une interruption médicale de grossesse, peut soulever des problèmes éthiques. Si un diagnostic anténatal de surdité isolée devait se développer, il devrait être entouré dune prise en charge par une équipe multidiciplinaire ayant une connaissance parfaite de ce handicap (audiophonologiste, généticien, clinicien, psychologue, audioprothésiste) afin que les parents aient accès à lensemble des connaissances en matière de surdité avant de prendre une décision. |
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| PRINCIPAUX
DIAGNOSTICS BIOLOGIQUES DISPONIBLES A CE JOUR
Surdites isolees
Surdites syndromiques
Les auteurs Dr Françoise DENOYELLE,Hôpital denfants Armand Trousseau, Service dORL pédiatrique Dr Sandrine MARLIN, Institut Pasteur, Unité de génétique des déficits sensoriels Hôpital denfants Armand Trousseau, Service dORL pédiatrique Dr Patricia LEWIN, Laboratoire Pasteur-Cerba, département de génétique Directeur de publication : Anne Bazin Rédacteur en chef : Claire Huguet Comité de rédaction : Anne Bazin, Pascale Kleinfinger, Patricia Lewin, Martine Montagnon, Hossain Mossafa, Sylvie Szpiro-Tapia Une bibliographie est disponible sur demande au Laboratoire PASTEUR CERBA |
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